Andro Dadiani au Poetik Bazar

À l’occasion de la sixième édition du Poetik Bazar, PEN Belgique francophone a eu l’honneur d’accueillir à Bruxelles Andro Dadiani, poète et artiste performeur géorgien dont la création porte une parole aussi intime que politique.
Créer derrière un masque
Andro Dadiani développe une œuvre multidisciplinaire, à la croisée de la poésie, de la performance, de la photographie, de l’installation et de la sculpture. Son travail interroge l’identité, le désir, la migration et la résilience, mais aussi les violences faites aux minorités, l’homophobie, les droits des femmes, le fanatisme religieux et les tensions politiques qui traversent la société géorgienne.androdadiani+1
Depuis 2017, Andro Dadiani crée sous pseudonyme et apparaît masqué. Cette dissimulation protège son identité dans un environnement où l’expression publique d’une identité queer peut exposer un artiste au rejet, au harcèlement et à la violence. Le masque est ainsi devenu à la fois une nécessité et une composante essentielle de son langage artistique : il cache un visage pour permettre à une voix de se faire entendre.
La poésie et les performances d’Andro Dadiani puisent dans une expérience personnelle marquée par la peur, la dissimulation et le sentiment d’exclusion. Mais elles dépassent largement le témoignage individuel. À travers son propre corps et sa propre histoire, l’artiste donne une forme sensible aux mécanismes sociaux qui cherchent à contraindre, à normaliser ou à réduire certaines existences au silence.
Le Purgatoire
Cette parole est au cœur du recueil Le Purgatoire*, publié en français en collaboration avec Edern Éditions, dans la collection Les Sentinelles, et traduit du géorgien par Boris Bachana Chabradzé. Sa parution en librairie est annoncée pour le 25 novembre 2026.
Entre Tbilissi et Batoumi, entre le désir et le désespoir, les poèmes composent le portrait fragmenté d’un être soumis depuis des années aux injonctions, aux menaces et à la violence d’une société patriarcale et homophobe. Le harcèlement, l’identité dissimulée, le corps contraint et médicalisé, la solitude et le besoin d’aimer traversent un texte d’une grande intensité.
Le « purgatoire » évoqué par le titre n’est donc pas seulement un lieu d’attente ou de souffrance. Il désigne une existence maintenue dans un entre-deux : entre visibilité et effacement, appartenance et exil, désir de vivre et nécessité de se protéger. Dans cet espace oppressant, l’écriture devient un acte de réappropriation. Elle permet à l’auteur de reprendre possession de son histoire, de son corps et de sa voix.
La publication de ce premier recueil en français s’inscrit pleinement dans les missions de PEN : défendre la liberté d’expression, soutenir les écrivaines et écrivains dont la parole est menacée et permettre à leurs œuvres de franchir les frontières.
Une performance incarnée
Le samedi 19 septembre 2026, Andro Dadiani a présenté son travail aux Halles de Schaerbeek dans le cadre de la rencontre « Identités et liberté » du Poetik Bazar. Il partageait la scène avec Nour Symon, Lylybeth Merle et Itziar Ziga, au cours d’un programme réunissant quatre artistes queer autour de la transidentité, de l’affirmation de soi et de la liberté.
Interprétée en géorgien, sa performance a permis au public d’entendre la langue originale de son œuvre et d’en éprouver la dimension physique. Chez Andro Dadiani, le poème n’est pas seulement un texte destiné à la page : il passe par le souffle, le silence, le mouvement et la présence du corps.
Dans cet espace partagé, le masque a pris toute sa force paradoxale. Il rappelait le danger qui oblige encore l’artiste à dissimuler son identité, tout en donnant à sa présence une puissance singulière. Ce qui devait le protéger de la violence devenait, sur scène, un instrument de visibilité et de résistance.
Cette performance a également donné corps à l’engagement de PEN Belgique francophone : ne pas parler à la place des écrivaines et écrivains menacés, mais leur offrir les conditions nécessaires pour que leur propre voix soit entendue. Avec Andro Dadiani, la poésie se fait à la fois refuge, dévoilement et refus du silence.
Andro Dadiani, Le Purgatoire*
Traduit du géorgien par Boris Bachana Chabradzé
Edern Éditions, collection « Les Sentinelles »
Parution annoncée le 25 novembre 2026 — 132 pages — 19 euros




